Les parents d’aujourd’hui n’ont plus d’autorité…

On entend souvent cette phrase dans la bouche de nombreuses personnes… J’avoue qu’elle me fait bondir. Comme si c’était aussi simple… comme si il y avait les parents d’avant, les bon (qui en général sont en train de parler), et ceux d’aujourd’hui, les mauvais.

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Qui d’accuser les parents de laxisme lorsqu’il s’agit d’expliquer la violence des jeunes (en dépit du fait qu’on sait aujourd’hui qu’elle est liée à la violence éducative). Qui d’accabler les parents qui laisseraient tout « passer » lorsqu’un bambin se roule par terre dans un magasin. Quel parent n’a pas entendu « il y a des fessées qui se perdent » dans la rue, le square, alors que son enfant avait un comportement qui dérangeait certains. Je me suis longtemps sentie mal à l’aise face à cette injonction d’autorité. Nous n’avions pas seulement été des enfants « gâtés » comparé à nos parents, voici qu’enfin devenus adultes et parents, on nous accusait d’être responsables des maux de la société. Ne serions nous donc jamais des personnes respectables? Mais au fait, c’est quoi l’autorité?

L’autorité et l’obéissance comme seule voie d’éducation?

Lors des siècles passés, le respect de l’autorité et l’obéissance ont toujours été un objectif majeur. Le fonctionnement de la société était autoritaire, ce qui sa traduisait jusque dans la plupart des familles, des établissements d’enseignement et des lieux de travail. Ceux qui avaient le mieux appris à obéir s’en sortaient mieux socialement. Cette obéissance a toutefois eu des conséquences dramatiques lors de la seconde guerre mondiale (Miller, 1985). Habitués à obéir et élevés sous obéissance totale, les criminels de guerre ont amené à l’abattoir des milliers de personne. Les « justes » quant à eux, qui ont sauvé des vies, avaient reçu une éducation empreinte de bienveillance (voir les ouvrages d’Olivier Maurel). L’expérience de Milgram a par ailleurs montré qu’une bonne part des personnes, lorsqu’elles sont soumises à une autorité scientifiques, obéissent à l’injonction de faire mal à quelqu’un.

La psychanalyse, ayant évolué dès ses débuts dans ce type de société très autoritaire, a intégré cette croyance comme un fait acquis dès ses débuts : l’enfant était égoïste et sans limites, il fallait lui enlever ces penchants négatifs. L’autorité parentale sans limites était vue comme une façon de rendre les enfants acceptables pour vivre en société. Déresponsabilisé depuis son plus jeune âge, l’enfant était vu comme un être dominé par ses pulsions que l’adulte devait réprimer. Cette vision se comprend puisque n’ayant jamais la faculté d’exercer sa responsabilité et sa capacité à coopérer, il ne pouvait, pour défendre cette atteinte à son intégrité, que manifester son mécontentement par des comportements portant atteinte à l’autorité.

Dans les années 60, la société a été traversée par un vent démocratique et anti-autoritaire. Les femmes, qui étaient elles aussi soumises à l’autorité, se sont rebellées. L’image des enfants a également changé, et certains ont défendu une éducation démocratique et avec peu de contraintes. Cela a abouti dans les années 80 à la croyance qu’il fallait expliquer, parler à l’enfant, et que celui-ci comprendrait de lui-même et obéirait par la raison à ses parents. Croyance qui a donné lieu au vent de retour de l’autoritarisme actuel. Aujourd’hui on sait grâce aux études sur le cerveau que cette forme de libertarisme ne correspond ni aux besoins ni au développement de l’enfant.

Parallèlement, même si les châtiments corporels ont évolué, ils sont toujours bien présents (85% des enfants d’aujourd’hui en ont reçu). Les parents d’aujourd’hui cherchent souvent à faire autrement, ayant souffert ce ceux-ci dans leur enfance. Mais n’ayant aucun autre modèle, c’est compliqué, et souvent, ils y reviennent lorsqu’ils sont à bout. Ce n’est pas un manque d’autorité, c’est souvent une difficulté à poser ses limites sans utiliser les châtiments corporel ou des méthodes qui ne leur conviennent pas.  Faute de modèle.

L’attachement comme base du développement de l’empathie pour autrui

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De nos jours, les données scientifique, qu’elles soient issues de l’étude du comportement animal, humain ou encore de la neurobiologie, tendent à montrer que cette vision de l’enfant qui doit être réprimé dans son égoïsme est complètement erronée. L’enfant humain est programmé pour développer de grande facultés d’empathie dès la naissance, parce qu’il est extrêmement dépendant des adultes pour sa survie pendant longtemps. Des soins adaptés à ses besoins et à son développement affectif et un attachement sécure à sa personne de référence (mère, père, ou autre adulte) lui permet progressivement de développer une confiance en lui (Bowlby). C’est cette estime de lui même qui lui permet de devenir réellement autonome et de développer un intérêt pour les autre. La parentalité positive s’attache entre autre à développer le potentiel des enfants pour l’empathie et la coopération, au lieu de réprimer une animalité qui n’est que le fruit de l’éducation répressive qu’on reçu la majorité des enfants.

Quand j’étais petite, j’entendais sans cesse « fais ceci, fais cela ». « Tu vas voir, si tu ne fais pas ce que je te dis, ce qui va t’arriver! ». « mange ta soupe sinon tu n’auras pas de dessert! ». »Je compte jusqu’à trois, tu obéis sinon tu auras une fessée », mais encore « tu te tais sinon tu auras 3h de colle »… Maintenant imaginons que nous soyions adultes et que nous entendions sans cesse ces phrases au travail. Quelle image de nous même pourrions nous développer? Quelle colère développerions nous à l’égard de celui qui est notre responsable ! Son message implicite en l’essence est : « je ne fais aucune confiance en ta capacité à m’aider, c’est pourquoi je suis obligé de te forcer à le faire en te menaçant ». Bien, cher patron, si tu n’as aucune confiance en moi, eh bien je vais te prouver que tu as raison et je ne vais surtout pas t’aider ! Et surtout je n’agirai comme tu le veux que par peur de la sanction, jamais parce que j’ai envie de t’aider ! Enfant, j’ai surtout développé des tas de croyances sur moi, comme quoi je n’étais pas fiable, que j’étais indigne de confiance, que je ne savais pas prendre de responsabilités. Choses qui m’ont poursuivies bien longtemps et qui ne m’ont pas du tout aidée à avoir un comportement responsable, puisque quelqu’un s’était toujours chargé pour moi de prendre la responsabilité. Je n’avais qu’à obéir !

Les limites de qui?

Posons nous la question : nous souhaitons faire coopérer nos enfants, mais pour quelle raison souhaitons nous qu’ils le fassent? Par peur de la sanction? Ou bien parce qu’ils en voient le sens profond? Et si, au lieu de chercher à fixer les limites de nos enfants, nous réfléchissions sur les nôtres? Quand je cherche à faire coopérer mon enfant, je cherche avant tout à satisfaire un besoin qui m’appartient. Mes limites, c’est le contour des situations dans lesquelles mes besoins sont respectés. J’ai besoin d’indiquer aux autres quels comportements me permettent de me respecter et quels comportement sont insupportables pour moi. Elles me sont personnelles. Poser « des limites » à ses enfants n’a aucun sens car les limites ne sont pas celle de l’enfant mais celles de la personne qu’il a en face de lui. En me fixant plus sur ce dont j’ai besoin, et non sur des solutions toutes faites, on arrive souvent à des solutions créatives que nos enfants peuvent nous aider à trouver, participant au respect des besoins de tous.

On sait aujourd’hui que l’enfant apprend beaucoup par imitation et par expérimentation. Aussi, c’est dans la relation parent-enfant qu’il puisera un exemple pour toutes ses relations futures. Dans une société qui base de moins en moins son fonctionnement sur l’obéissance et la règle et de plus en plus sur la responsabilité personnelle et le souci d’autrui, les enfants ont besoin de développer leur intelligence émotionnelle leur permettant à la fois de respecter leurs propres besoins, tout en étant à l’écoute de ceux des autres. C’est cette confiance en leur capacité progressive à être responsable et coopérant qui leur permettra d’acquérir la confiance en soi nécessaire à la vie en société.

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Comment faire en pratique?

Souvent, les croyances sur les enfant débute dès leur plus jeune âge. En effet, la société porte à croire que les bambins et bébés devraient être capable d’agir comme des adultes. Qu’ils devraient être capables de rester sages, sans bouger pendant des heures, qu’ils devraient contenir leurs émotions. Nous savons aujourd’hui qu’ils n’en ont pas la capacité, parce que leur cerveau n’est pas encore mature pour cela et parce qu’ils ont besoin pour grandir de bouger, d’expérimenter, d’exprimer leurs émotions. L’image que nous en avons vient souvent d’enfants qui se tiennent à carreau, soumis par la peur. Le problème est que le regard que que porte un parent sur son enfant influence grandement le comportement de celui-ci. Si un parent a des attentes démesurées, l’enfant ne peut y répondre. Le parent porte alors souvent un regard négatif sur l’enfant (il est turbulent, il est capricieux…), étiquette que l’enfant intègrera alors comme sa personnalité et à laquelle il obéira.

Avant 4 ans, un enfant est peu capable d’imaginer ce que la personne en face de lui ressent. Cet âge correspond avant tout au développement du « je », de la compréhension qu’il est une personne unique. Il a besoin d’apprendre progressivement à connaitre ses émotions, à les nommer et à les utiliser pour protéger son intégrité.
C’est sur cette base que ses neurones-miroirs feront le reste par la suite : ce qu’il connait de lui, il peut le reconnaitre chez d’autres et éprouver de l’empathie. Il peut donc aider les autres à satisfaire leurs besoins et coopérer afin que tout le monde se sente bien. Il a besoin, surtout petit, que ses parents lui expliquent leurs besoins afin de donner du sens à leurs demandes. Il a besoin aussi de grandir sans jugement sur sa personnalité, afin de protéger son estime de lui même, qui est si importante pour pouvoir éprouver de l’empathie pour autrui.

Je peux aussi toujours me rappeler que lorsque mon enfant ne coopère pas, il ne le fait jamais contre moi mais pour lui. Il dit oui à un besoin important pour lui, que je n’ai pas identifié. Regarder le problème ensemble et voir comment on peut le résoudre ensemble en tenant compte des besoins de tout le monde ouvre des perspectives souvent insoupçonnées.

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Alors, manque d’autorité des parents d’aujourd’hui? Ou plutôt une volonté très louable de respecter leur enfant et un besoin d’outils pour y parvenir tout en se respectant soi ?

La bonne nouvelle c’est que de nos jours ces outils existent et sont disponible, et de nombreux parents les ont déjà expérimentés. On peut les trouver sous forme de livre, de magazines, de forums ou sous forme d’ateliers de parents. Ici par exemple : https://sites.google.com/site/petitsmotspourgrandir/

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Pour aller plus loin….

Bowlby John, 1978. Attachement et perte : L’attachement, vol. 1, Paris, Presses universitaires de France. Théorie de l’attachement présentée en conférence par Nicole Guédeney, psychiatre française (vidéo) : http://www.youtube.com/watch?v=Vg04KWHWH5o
Dumonteil-Kremer Catherine, 2004. Poser des limites à son enfant et le respecter. Ed. Jouvence.
Faber Adele & Mazlish Elaine, 2002. Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », Editions relations plus , Canada.
Faber Adele & Mazlish Elaine, 2001. Parents épanouis, enfants épanouis, Cultivez le bonheur dans votre famille, Québec, Editions Relations plus.
Goleman Daniel, 1997. L’intelligence émotionnelle. Paris : Éditions Robert Laffont.
Gordon Thomas, 1980, Parents efficaces, Paris, Marabout
Juul Jesper, 2012. Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Chronique sociale.
Maurel Olivier, 2009. Oui la nature humaine est bonne !, Ed. Robert Laffont.
Maurel Olivier, 2004. La Fessée: questions sur la violence éducative, Ed. La Plage, préface par Alice Miller
Miller Alice, 1985. C’est pour ton bien, Ed. Aubier.
Miller Alice, 1986.L’enfant sous terreur, Ed. Aubier.
Les site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire : http://www.oveo.org/

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9 commentaires pour Les parents d’aujourd’hui n’ont plus d’autorité…

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  2. sarly dit :

    Cet article est excellent, il analyse bien la situation, mais si je peux me permettre, vous omettez juste de citer Le concept de continuum de Jean Liedloff dans vos sources, alors qu’elle y explique très clairement ce fameux attachement. Merci!

  3. oui c’est vrai. Il est moins connu et est plus une étude de cas, néanmoins j’ai beaucoup aimé le lire pour ma part

  4. Très intéressant! Bravo pour cette belle synthèse bien explicite..En tant que jeune maman, j’observe que dès le plus jeune âge (ma fille a deux mois seulement), nous sommes soumises au regard des parents « bien pensants » qui jugent très rapidement notre manière d’agir. Je réponds volontairement à chaque besoin de mon bébé, le plus possible, sans non plus les anticiper mais voilà, pour certains, je suis déjà en train de favoriser les « caprices ». « Tu la prends souvent dans les bras, tu ne la laisses jamais pleurer très longtemps… » Ce discours me rend dingue, et est tellement profondément ancré dans notre culture.. Je crois très fort à cette théorie, déjà vérifiée, de l’attachement sécure qui permet l’autonomie, la confiance en soi et une meilleure approche des relations pour nos enfants. Merci encore pour cette contribution parfaitement étayée!

    • merci pour votre commentaire Mademoisellemummy ! Ca me donne encore plus envie de faire connaitre cette théorie et de la partager ! Courage pour les remarques, souvent avec le temps ça passe… quand ils se rendent compte que 1. on ne changera pas d’avis et 2. plus grands, nos enfants sont polis, adorables, et respectueux contrairement à toutes les prédictions.

  5. V dit :

    Un grand merci pour ce bel article. J’ai apprécié le fond et les sources permettent d’approfondir la réflexion, merci encore.
    Peut-être puis-je vous suggérer une petite attention supplémentaire sur la forme (orthographe).
    Cordialement, V

  6. Merci V pour votre commentaire.
    J’irai revoir si je vois quelques fautes dans le texte 😉

  7. elodiewiart dit :

    Un superbe article qui me parle vraiment beaucoup. Il reflète exactement ce que je pense et ressens par rapport à l’éducation. Merci pour ces mots simples et accessibles ainsi que pour cette douceur et cette pertinence dans l’écriture !

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