Disputes entre frères et sœurs, comment les résoudre ? – épisode 1

Les conflits entre enfants, c’est usant. Une fois, ça va, deux fois…  et si on voyait les conflits différemment ? Comment accompagner les enfants vers la résolution de leurs conflits ?

J’ai la chance depuis peu d’accompagner une fratrie dans tout ce qu’elle a de complexe et d’instructif… a fortiori en famille recomposée ! La chance, soulignerez vous ? Eh bien oui : plus le défi est de taille, plus on en apprend ! Même si parfois c’est fatigant, c’est vrai. Alors j’en profite pour faire le point sur les outils dont nous disposons pour accompagner les enfants dans leurs inévitables conflits au quotidien. Nous en avons longuement parlé la semaine dernière à la conférence sur les conflits dans la famille, c’est l’occasion de faire le point.

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Pourquoi les enfants se disputent ils si facilement ?

  • ils ne savent pas encore accueillir leurs émotions, et donc prendre du recul sur ce qu’ils vivent (oui, même votre ado de 12 ans a encore du mal et c’est normal).
  • ils sont souvent en compétition pour obtenir de l’attention avec leurs parents, qui est un besoin primordial. A fortiori quand le temps familial est réduit comme peau de chagrin par le temps scolaire et de travail.
  • il se sentent suffisamment en sécurité à la maison pour exprimer leur ressenti, leurs tensions, parfois vécues à l’école ou dans la journée.
  • ils sont en train d’apprendre à gérer les conflits… et comme tout apprentissage, ils expérimentent longuement avant d’être compétents.

Comment pouvons nous les aider  pour retrouver du calme à la maison, pour les aider à gérer leurs conflits plus efficacement ?

L’écoute et l’empathie

Les enfants sont envahis par leurs émotions lorsqu’elles surviennent, a fortiori quand ils sont tout petits. Ils sont incapable de prendre du recul, de rationaliser. Quand je dis incapables, ce n’est pas une questions de manque de volonté, c’est juste que pour le moment, ils n’ont pas encore les circuits neuronaux adaptés. Le cerveau émotionnel, qui provoque les réactions émotionnelles (pleurs, colère…) en cas de danger, d’agression, de surprise, de frustration, est mature à la naissance pour protéger l’enfant. C’est une partie notre cerveau qui est ancienne dans l’évolution, et qui assure notre survie et permet de réagir rapidement en cas de danger ou d’agression. La partie du cerveau qui permet de prendre du recul, de réfléchir, d’analyser, mais aussi de tempérer nos réactions émotionnelles en fonction du contexte, appelée le néo-cortex, se développe très progressivement finit sa maturation à plus de 20 ans. Plus exactement, les neurones sont présents à la naissance mais ne possèdent pas encore de connexions entre eux, et ces connexions se feront en fonction de l’expérience de vie de l’enfant. Cette caractéristique nous permet à nous, humains, d’avoir une grande adaptabilité à notre environnement et d’inventer des solutions nouvelles, d’avoir une grande plasticité dans nos comportements, ce qui a fait notre succès en tant qu’espèce.

Dans cette partie du cerveau, la partie qui gère les émotions s’appelle le Cortex Orbito-Frontal, car elle est située à l’avant du cerveau, sous le front. Cette partie là commence vraiment sa maturation vers 6 ans, c’est la dernière partie qui se développe. Les enfants commencent donc à pouvoir tempérer les réactions émotionnelles vers 5-6 ans seulement. Eh oui, ce n’est pas pour rien que la sagesse populaire l’a appelé « âge de raison ». Et sa maturation se termine … après 20 ans. En dessous de 6 ans, mais encore après bien souvent, ils sont envahis par leurs émotions quand quelquechose de désagréable se produit. Il leur faut du temps pour retrouver un état d’équilibre, et la capacité à réfléchir et négocier avec quelqu’un d’autre. Un enfant sous émotion n’est pas capable d’empathie avec un autre.

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Que se passe-t-il quand une dispute survient avec un autre enfant ? Bien souvent, les deux sont envahis par leurs émotions et sont alors incapables d’entendre l’autre et de négocier une solution ou un compromis. Quand le frère ou la soeur vient démonter la pile de kaplas ou détruire involontairement les constructions de légos, ils ne sont pas encore capables de comprendre que ce n’est pas intentionnel, sur le moment. Ils sont envahis par la colère, et leur colère, physiologiquement, les pousse à agresser l’autre. Avant tout, ils ont besoin d’aide de la part des adultes pour évacuer la tension qui est provoquée par les émotions, pour « décharger », et pour s’apaiser.

Comment faire pour les aider ?

Toute notre empathie est requise pour les aider à mettre des mots sur leur ressenti, pour se sentir compris, et pour redescendre en tension. C’est l’empathie qui permet à l’enfant de se sentir en sécurité, de décharger son émotion, et de retrouver son équilibre. Il a besoin que son vécu intérieur soit accepté et compris. Il est en colère, mais il ne comprend pas ce qu’il se passe en lui. En mettant des mots sur la situation et les émotions, l’adulte agit comme un Cortex Orbito-Frontal externe, qui permet d’apaiser et de trouver une solution. L’empathie favorise aussi le développement du Cortex-Orbito-Frontal de l’enfant, la partie qui tempère les émotions. C’est donc un investissement à long terme.

Le contact peut aussi les apaiser, parfois cela leur permet de pleurer plus facilement en étant dans les bras. Décharger une émotion passe souvent par des manifestations telles que les pleurs, le fait de bouger, de crier, les tremblements (peur…), qui sont la façon naturelle pour le corps de guérir d’une émotion. Il est donc nécessaire d’accepter que les enfants pleurent, par exemple, et ce autant qu’ils en ont besoin. C’est un mécanisme de réparation. Oui je sais, ce n’est pas facile, cela nous exaspère, souvent, cela nous stresse. Eh oui. Mais il est important de voir cela comme quelquechose qui aide notre enfant à réparer la souffrance qu’il a ressentie.

A ce moment là seulement, une fois qu’ils ont été écoutés, et leurs émotions accueillies, les enfants redeviennent capables de raisonner, de réfléchir. Biensûr, il est hors de question de les laisser faire mal à l’autre, par exemple, c’est évident qu’en cas de geste dangereux, il faut intervenir fermement et avec bienveillance pour arrêter les gestes. Simplement, en écoutant ce qu’il se passe pour eux, on leur apprend à décoder les émotions, et à réagir différemment. Un enfant qui sait nommer sa colère pourra la dire à son frère ou sa soeur, et ainsi exprimer son refus plus facilement et sans violence.

Le premier outil pour les parents de fratrie est donc l’écoute et l’empathie : en les aidant à dégonfler leur ballon émotionnel, nous leur permettons de trouver leurs propres solutions à leurs conflits car ils sont à nouveau capables de réflexion, mais aussi d’empathie avec l’autre.

Écouter plusieurs enfants à la fois

Écouter deux enfants sous émotion n’est pas toujours facile, parfois cela demande d’être ingénieux, et au début ils doivent apprendre qu’ils auront leur tour. Souvent, cela demande de séparer les enfants et d’écouter chacun séparément, avant de pouvoir mettre des mots sur le conflit ensemble. Souvent, cela demande d’apprendre d’abord à le faire avec un seul enfant. Il y a aussi des conflits où un seul enfant en a besoin, par exemple si un enfant vient se plaindre de son frère ou de sa soeur. Nous pouvons alors juste écouter son ressenti, ce qu’il se passe pour elle ou lui, mettre des mots sur ce qui est difficile.

Et que faire des mots durs envers l’autre enfant, des « c’est lui qui… »?

Cela demande aussi souvent d’apprendre à traduire les mots durs envers l’autre, en mots qui décrivent ses émotions : « tu es en colère, tu en as marre… ». Tu es en colère car tu as besoin qu’on respecte ton travail ». Car tout jugement et toute critique traduisent toujours une émotion et un besoin qui cherche à être satisfait, ne l’oublions pas. Interdire simplement la critique ne résoudra pas le problème de fond, nos enfants ont besoin d’apprendre à repérer leur vécu intérieur et à exprimer ce qu’ils ressentent pour formuler une demande. En reformulant ce qu’ils ressentent, en nous focalisant sur leur vécu intérieur et non sur les mots employés, nous leur apprenons à exprimer les choses autrement, à mettre les mots juste et ceux qui seront le plus efficaces, en parlant d’eux mêmes.

« C’est lui qui m’a fait mal« . « C’est elle qui a commencé à me prendre mon jouet« . « C’est pas moi, c’est lui« . Parfois leurs mots nous tendent des pièges, celui d’arbitrer. Pourtant, derrière les paroles, nous pouvons décoder à nouveau le ressenti, en se centrant sur l’enfant qui s’exprime et sans impliquer l’autre. « Tu as eu mal et tu es en colère« . « Tu trouves ça injuste, tu jouais tranquillement« . En effet, les enfants sous émotion font souvent une mauvaise interprétation des intentions d’autrui et restent bloqués dessus. En se centrant seulement sur eux, seulement, on évite cet écueil. En écoutant, avec de l’empathie, nous en apprenons souvent bien plus et nous allons au vrai problème. L’empathie, ce n’est pas confirmer que l’autre enfant est un méchant, c’est simplement confirmer que oui, ce n’est pas du tout agréable d’être poussé ou privé subitement de son jouet. L’un se sent entendu et comprend ce qu’il se passe en lui, et l’autre entend ce que cela fait à sa sœur ou son frère. Puis en mettant des mots sur ce que vit l’autre : « tu avais envie de ce jouet qui semble très intéressant dans les mains de ta sœur« . A petite doses d’écoute de chaque coté, chacun sort de l’émotionnel, et entend que l’autre vit des choses dans cette situation, aussi. Petit à petit, on développe sa capacité à identifier ses émotions et celles de l’autre, et à comprendre la source des conflits. C’est la base de l’intelligence émotionnelle et relationnelle.

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Est-ce que cela suffit ? Parfois, oui, les enfants se sentent entendus et passent directement à autre chose (et dans ce cas on se sent comme un magicien qui vient de réussir un miracle, youhou…!). Parfois, cela ne suffit pas en chaque enfant a besoin de faire une demande à l’autre, ou ils ont besoin de trouver une solution pour éviter que ça se reproduise. Comment les aider ensuite à trouver leurs propres solutions et leur apprendre à régler leurs conflits ? Nous reviendrons sur d’autres outils pour apaiser les conflits dans les épisodes 2, 3 et 4.

A tout bientôt ! 🙂

ps : ces outils sont… des outils. Aucun parent n’est toujours à l’écoute (nous ne sommes pas toujours disponibles) ou parvient toujours à régler les conflits de façon satisfaisante. C’est un outil possible pour aborder les conflits différemment. VOUS êtes les experts de vos enfants !

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Un commentaire pour Disputes entre frères et sœurs, comment les résoudre ? – épisode 1

  1. Cendrine dit :

    Merci pour cette piqûre de rappel. J’avoue qu’en ce moment j’oublie ces principes et m’agace très vite des conflits perpétuels de mes trois enfants. Mais à 3 ans et demi, c’est effectivement à moi de relativiser… au plaisir de lire la suite…

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