Disputes entre frères et sœurs, comment les résoudre ? – épisode 2

Préambule : l’écoute des émotions

Il y a quelques temps, nous avons commencé à nous intéresser aux conflits entre enfants, et nous avions vu un premier outil pour apaiser les tensions et apprendre aux enfants à gérer les conflits : https://parentalitepositive.wordpress.com/2017/05/05/disputes-entre-freres-et-soeurs-comment-les-resoudre-episode-1/

Si vous avez suivi, vous savez que l’écoute est la première chose à mettre en place pour aider les enfants à gérer leurs émotions, afin de pouvoir régler leurs différends. C’est la première chose à vérifier lorsque vous intervenez sur un conflit : mes enfants sont ils aux prises avec des émotions qui perturbent leur analyse de la situation et leur réflexion ? Si oui, pas d’hésitation : un conflit ne se règle pas dans ces conditions, il faut d’abord utiliser notre trousse de secours d’urgence : l’empathie. J’ai expliqué pourquoi la dernière fois, ici nous allons explorer un autre exemple qui montre que les enfants ressentent souvent des émotions liées à leur interprétation des faits.

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Comment un enfant interprète- t-il le comportement d’autrui ?

Cela nous semble évident et pourtant les enfants mettent de longues années à l’intégrer : ce qu’il y a dans la tête des autres est très différent de ce qu’il y a dans la notre. C’est tout l’enjeu de la période 4-8 ans : apprendre que les autres ont des besoins et des pensées autres. Avant cela, les enfants imaginent que ce qu’il y a dans leur tête est évident pour autrui, et interprètent les actions des autres uniquement en fonction d’eux mêmes. Même plus âgés, cela demande des compétences complexes pour apprendre que les enfants ont des pensées et interprétations différentes.

Nous en avions déjà parlé dans le précédent article, il croient souvent que les autres enfants ont des comportements exprès pour les embêter. Ce qui n’est pas le cas la plupart du temps, les autres enfants cherchent juste à satisfaire leurs besoins à eux, parfois de la mauvaise façon. Comme vous le savez peut être, 90% de nos émotions sont générées par nos croyances et nos interprétations erronées des situations. D’ailleurs, nous tombons nous aussi souvent dans ce piège : nous disons : « ils m’ont fait une crise / un caprice » . Pourtant, ils ne l’ont pas fait contre moi ! Mais nos mots créent notre réalité: si je suis convaincue qu’ils ME l’ont FAIT, alors je vais être en colère parce que je me sens agressée puisque c’est contre moi, et je pars du principe qu’ils le FONT exprès. Si j’ai conscience qu’ils ont VÉCU une crise, sans l’avoir forcément choisi, juste parce que c’est comme ça qu’ils gèrent leurs émotions pour le moment, je me sens plus calme intérieurement pour me placer en posture d’adulte qui accompagne et enseigne. Nos enfants sont donc particulièrement victimes de ce phénomène de croyances et interprétations erronées. Dernièrement, nos deux grands se plaignaient sans cesse que le petit pleurait comme un bébé tout le temps, en se moquant évidemment. J’ai fini par comprendre une chose : ils avaient tous les deux la croyance que s’il pleurait, c’est qu’ils avaient fait quelquechose de mal et donc que c’était toujours eux les responsables. Empêcher le petit frère de pleurer était donc la façon la plus simple de ne pas se sentir coupable !

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Reformuler et décrire la situation pour sortir des interprétations

Pour sortir de ces croyances, les enfants ont besoin qu’on reformule avec eux ce qu’il se passe, sans évaluer ni juger. Le plus simple, c’est d’observer objectivement ce qu’il s’est passé, décrire : toi tu as fait ça, et lui il a fait ça. Et laisser chaque enfant s’exprimer sur le sujet. A certains moments, nous décrirons leurs émotions, et d’autres juste ce qu’il s’est passé.

Petit à petit, les enfants sortent de leurs croyances, tout en se sentant entendu et commencent à entendre ce qu’il se passe pour l’autre. Nous pouvons juste adopter cette attitude de « cerveau extérieur » qui les aide à formuler ce qu’ils ont à dire d’une façon qui n’agresse pas l’autre, où on parle de soi et on évite le « tu » ou « il » qui accuse. En effet, je peux entendre les besoins et sentiments d’autrui à condition que celui-ci les exprime sans que je me sente agressé ou accusé.

Maintenant que c’est fait, sont ils en état d’écouter les besoins de l’autre? Si oui, vous pouvez passez à l’étape suivante.

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La question magique du besoin

Derrière tout comportement, il y a un besoin. A quel besoin chaque enfant cherche-t-il à répondre ? A-t-il besoin d’appartenance, quand il vient dans le jeu des grands ? Il aimerait ainsi faire partie du groupe, se sentir inclus. A-t-il besoin de calme et de concentration quand il joue à construire des vaisseaux en légo ? A-t-elle besoin d’attention en venant la chercher auprès de son frère  ? A-t-telle besoin d’explorer en touchant aux bijoux de sa soeur? A t elle besoin de bouger, ce qui perturbe son frère qui veut du calme ?  Nos besoins sont universels. Les solutions pour y répondre sont par contre, très variées. Nommer nos besoins, c’est pouvoir être compris des autres et sortir du piège de la solution unique. En exprimant les besoins, aussi, chaque enfant reprend du pouvoir sur sa vie et pour satisfaire ses besoins. Un besoin d’attention peut être comblé par une autre personne, ou à un autre moment. Un besoin de calme peut être satisfait en changeant de lieu. Un besoin d’exploration peut être comblé en donnant d’autres objets brillants et colorés qui nous appartiennent. Il y a mille solutions à un même problème, et chaque famille aura la sienne.

Une fois que l’on a aidé les enfants à comprendre mutuellement leurs besoins, l’outil phare c’est … de les laisser  trouver une solution ensemble, si le conflit ne nous concerne pas, c’est à dire si ce n’est pas nous qui avons besoin de trouver une solution. A qui appartient le problème ?

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Sortir du conflit et leur exprimer notre confiance : prendre un posture de médiateur et non de sauveur

On peut ainsi par exemple leur exprimer qu’on leur fait confiance pour trouver une solution et quitter la pièce, s’ils sont en sécurité et plus sous émotion. Ou rester mais juste en observateur / en aide pour formuler des besoins / des solutions. Pas simple, n’est-ce pas  ? Et pourtant, en intervenant toujours pour proposer une solution, voire l’imposer, je leur envoie le message implicite : vous n’êtes pas capables de trouver une solution vous mêmes. Alors, pourquoi s’embêteraient ils à résoudre leur conflits, puisque qu’ils n’en sont pas capable à mes yeux ? Ou peut être l’ainé s’applique-t-il à reproduire le modèle qu’il a sous les yeux : imposer sa solution avec autoritarisme, ce qui ne résoud pas durablement les conflits. Il ne s’agit pas de dire aux enfants : débrouillez vous avec vos disputes. Il s’agit vraiment de les aider à s’apaiser et revoir la situation avec plus de recul, puis de leur permettre de régler leur conflit eux mêmes, entre eux. Cela leur apprend progressivement à être autonomes dans les conflits de leur vie. On peut leur dire : comment allez-vous faire maintenant / à l’avenir, pour que cela se passe mieux? Avez-vous des idées ? C’est tout à fait possible quand les enfants ont tous plus de 4-5 ans. Vous verrez, ils seront sans doute très créatifs et auront plein d’idées. Pour les plus petits, nous devrons trouver une solution avec eux, souvent, même s’ils peuvent aussi en proposer. L’idée principale, c’est qu’un enfant actif dans la recherche de solutions a bien plus de chances d’appliquer de lui même cette solution.

Savoir régler un conflit s’apprend… et demande pas mal d’expérience, d’échecs, d’essais… cela prend beaucoup de temps. Presque le temps d’une enfance. Ou d’une vie ? 🙂 . C’est dur de ne pas intervenir dans leur recherche de solutions, souvent, car nous les voyons aller droit dans le mur par des propositions qui nous semblent inadaptées. Nous avons une grande expérience et avons envie de leur en faire profiter. Pourtant, c’est un processus : rechercher ensemble, par essais erreurs. On apprend essentiellement en se trompant ! Et ce n’est pas grave… une fois qu’on a discuté, on se sent mieux, on est actif dans la recherche de solutions, on n’est plus une victime paralysée par ce qui lui arrive. Et si la solution ne marche pas, il suffit de rediscuter pour trouver autre chose. C’est un processus.

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Quand intervenir ?

Vous vous dites peut être : mais alors, on n’intervient jamais dans les disputes?

Et si, il est important de protéger avant de les laisser discuter de leurs désaccords. En particulier si il y a eu des coups, il n’est pas souhaitable que les enfants restent en présence l’un de l’autre, pour le moment. Ils sont dépassés par les émotions et ne sont pas en situation de discuter. L’enfant qui a été frappé peut sentir son intégrité menacée et avoir besoin de temps pour retrouver de la sécurité, il a besoin d’écoute et d’être contenu physiquement et avec douceur, sans la présence de celui qui l’a agressé. Celui qui a tapé a besoin qu’on lui signifie que la violence n’est jamais acceptable, et qu’on lui montre comment exprimer sa colère autrement, peut être aura-t-il besoin de pleurer et de décharger des émotions aussi. En tout état de cause, il est donc souvent nécessaire de séparer les enfants – parfois de force mais toujours avec bienveillance – ils ne le font pas exprès, ils sont débordés par leurs émotions – et d’être présent auprès de chacun d’eux  pour dégonfler leur ballon émotionnel, avant de rediscuter du conflit ensemble quand ils seront plus calmes. Cela leur enseigne aussi à sortir d’un conflit quand on n’est pas en état de le gérer ou que l’autre ne l’est pas, pour se protéger soi et protéger les autres, ce qui est une compétence nécessaire dans la vie d’adulte. Si tous les conjoints violents avaient cette capacité à sortir de la maison quand ils se sentent dépassés, le temps de redescendre, il n’y aurait sans doute plus de violence conjugale.

Dans ce cas, ou dans les cas où les émotions sont trop fortes pour discuter, il est très utile de remettre la discussion à plus tard, quand tout le monde sera plus calme et capable de prendre du recul et d’écouter les autres.

Parfois, les enfants se disputent parce qu’ils sont jaloux de ce qu’a eu un autre enfant, que ce soit du temps, de l’attention, un jouet, un compliment…. Comment les aider à mieux le vivre? Faut il leur donner toujours la même chose ? Comment être parent de fratrie sans se couper en deux, trois, quatre, cinq…? Nous en parlerons dans le prochain article.

A bientôt !

PS : c’est valable pour nous aussi : on essaie, on se trompe, on recommence, on expérimente, on apprend de nos erreurs de parents. L’erreur est une grande source de créativité et d’apprentissage, pour peu qu’on ne se juge pas et qu’on analyse ce qu’il s’est passé avec bienveillance, y compris envers nous même. 😉

 

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Jeux Vidéos – La passion qui pose question – Émission Radio

J’ai eu le plaisir d’être invitée par une équipe de lycéens pour participer à cette émission radio et d’échanger avec des lycées autour du jeu vidéo. J’ai trouvé ça passionnant d’avoir leur avis. Qu’en pensent les jeunes, de leur jeux, de leur consommation d’écrans? Pourquoi jouent ils ? Comment les parents peuvent ils se positionner par rapport à ces outils multimédia ?

Une émission préparée, enregistrée et montée par des lycéens : et si écouter leur avis sur la question nous aidait à mieux gérer l’épineuse question des jeux vidéos ?

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Une émission radio à écouter !
Jeux Vidéo – la passion qui pose question…
Diffusée Mercredi 7 juin à 14h30 sur Radio Grésivaudan (89fm ou 87.8fm, en Isère)

Retrouvez dès aujourd’hui l’enregistrement de l’émission ici : http://www.radio-gresivaudan.org/Jeux-Video-la-passion-qui-…

Dans le cadre de l’éducation aux médias, les lycéens s’intéressent aux jeux vidéo : leurs univers créatifs, les liens qu’ils tissent entre joueurs et ceux qu’ils peuvent créer avec les parents. Une émission préparée au Centre de Documentation et d’Information du lycée.

Avec le lycée Marie Reynoard à Villard-Bonnot (38)

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Disputes entre frères et sœurs, comment les résoudre ? – épisode 1

Les conflits entre enfants, c’est usant. Une fois, ça va, deux fois…  et si on voyait les conflits différemment ? Comment accompagner les enfants vers la résolution de leurs conflits ?

J’ai la chance depuis peu d’accompagner une fratrie dans tout ce qu’elle a de complexe et d’instructif… a fortiori en famille recomposée ! La chance, soulignerez vous ? Eh bien oui : plus le défi est de taille, plus on en apprend ! Même si parfois c’est fatigant, c’est vrai. Alors j’en profite pour faire le point sur les outils dont nous disposons pour accompagner les enfants dans leurs inévitables conflits au quotidien. Nous en avons longuement parlé la semaine dernière à la conférence sur les conflits dans la famille, c’est l’occasion de faire le point.

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Pourquoi les enfants se disputent ils si facilement ?

  • ils ne savent pas encore accueillir leurs émotions, et donc prendre du recul sur ce qu’ils vivent (oui, même votre ado de 12 ans a encore du mal et c’est normal).
  • ils sont souvent en compétition pour obtenir de l’attention avec leurs parents, qui est un besoin primordial. A fortiori quand le temps familial est réduit comme peau de chagrin par le temps scolaire et de travail.
  • il se sentent suffisamment en sécurité à la maison pour exprimer leur ressenti, leurs tensions, parfois vécues à l’école ou dans la journée.
  • ils sont en train d’apprendre à gérer les conflits… et comme tout apprentissage, ils expérimentent longuement avant d’être compétents.

Comment pouvons nous les aider  pour retrouver du calme à la maison, pour les aider à gérer leurs conflits plus efficacement ?

L’écoute et l’empathie

Les enfants sont envahis par leurs émotions lorsqu’elles surviennent, a fortiori quand ils sont tout petits. Ils sont incapable de prendre du recul, de rationaliser. Quand je dis incapables, ce n’est pas une questions de manque de volonté, c’est juste que pour le moment, ils n’ont pas encore les circuits neuronaux adaptés. Le cerveau émotionnel, qui provoque les réactions émotionnelles (pleurs, colère…) en cas de danger, d’agression, de surprise, de frustration, est mature à la naissance pour protéger l’enfant. C’est une partie notre cerveau qui est ancienne dans l’évolution, et qui assure notre survie et permet de réagir rapidement en cas de danger ou d’agression. La partie du cerveau qui permet de prendre du recul, de réfléchir, d’analyser, mais aussi de tempérer nos réactions émotionnelles en fonction du contexte, appelée le néo-cortex, se développe très progressivement finit sa maturation à plus de 20 ans. Plus exactement, les neurones sont présents à la naissance mais ne possèdent pas encore de connexions entre eux, et ces connexions se feront en fonction de l’expérience de vie de l’enfant. Cette caractéristique nous permet à nous, humains, d’avoir une grande adaptabilité à notre environnement et d’inventer des solutions nouvelles, d’avoir une grande plasticité dans nos comportements, ce qui a fait notre succès en tant qu’espèce.

Dans cette partie du cerveau, la partie qui gère les émotions s’appelle le Cortex Orbito-Frontal, car elle est située à l’avant du cerveau, sous le front. Cette partie là commence vraiment sa maturation vers 6 ans, c’est la dernière partie qui se développe. Les enfants commencent donc à pouvoir tempérer les réactions émotionnelles vers 5-6 ans seulement. Eh oui, ce n’est pas pour rien que la sagesse populaire l’a appelé « âge de raison ». Et sa maturation se termine … après 20 ans. En dessous de 6 ans, mais encore après bien souvent, ils sont envahis par leurs émotions quand quelquechose de désagréable se produit. Il leur faut du temps pour retrouver un état d’équilibre, et la capacité à réfléchir et négocier avec quelqu’un d’autre. Un enfant sous émotion n’est pas capable d’empathie avec un autre.

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Que se passe-t-il quand une dispute survient avec un autre enfant ? Bien souvent, les deux sont envahis par leurs émotions et sont alors incapables d’entendre l’autre et de négocier une solution ou un compromis. Quand le frère ou la soeur vient démonter la pile de kaplas ou détruire involontairement les constructions de légos, ils ne sont pas encore capables de comprendre que ce n’est pas intentionnel, sur le moment. Ils sont envahis par la colère, et leur colère, physiologiquement, les pousse à agresser l’autre. Avant tout, ils ont besoin d’aide de la part des adultes pour évacuer la tension qui est provoquée par les émotions, pour « décharger », et pour s’apaiser.

Comment faire pour les aider ?

Toute notre empathie est requise pour les aider à mettre des mots sur leur ressenti, pour se sentir compris, et pour redescendre en tension. C’est l’empathie qui permet à l’enfant de se sentir en sécurité, de décharger son émotion, et de retrouver son équilibre. Il a besoin que son vécu intérieur soit accepté et compris. Il est en colère, mais il ne comprend pas ce qu’il se passe en lui. En mettant des mots sur la situation et les émotions, l’adulte agit comme un Cortex Orbito-Frontal externe, qui permet d’apaiser et de trouver une solution. L’empathie favorise aussi le développement du Cortex-Orbito-Frontal de l’enfant, la partie qui tempère les émotions. C’est donc un investissement à long terme.

Le contact peut aussi les apaiser, parfois cela leur permet de pleurer plus facilement en étant dans les bras. Décharger une émotion passe souvent par des manifestations telles que les pleurs, le fait de bouger, de crier, les tremblements (peur…), qui sont la façon naturelle pour le corps de guérir d’une émotion. Il est donc nécessaire d’accepter que les enfants pleurent, par exemple, et ce autant qu’ils en ont besoin. C’est un mécanisme de réparation. Oui je sais, ce n’est pas facile, cela nous exaspère, souvent, cela nous stresse. Eh oui. Mais il est important de voir cela comme quelquechose qui aide notre enfant à réparer la souffrance qu’il a ressentie.

A ce moment là seulement, une fois qu’ils ont été écoutés, et leurs émotions accueillies, les enfants redeviennent capables de raisonner, de réfléchir. Biensûr, il est hors de question de les laisser faire mal à l’autre, par exemple, c’est évident qu’en cas de geste dangereux, il faut intervenir fermement et avec bienveillance pour arrêter les gestes. Simplement, en écoutant ce qu’il se passe pour eux, on leur apprend à décoder les émotions, et à réagir différemment. Un enfant qui sait nommer sa colère pourra la dire à son frère ou sa soeur, et ainsi exprimer son refus plus facilement et sans violence.

Le premier outil pour les parents de fratrie est donc l’écoute et l’empathie : en les aidant à dégonfler leur ballon émotionnel, nous leur permettons de trouver leurs propres solutions à leurs conflits car ils sont à nouveau capables de réflexion, mais aussi d’empathie avec l’autre.

Écouter plusieurs enfants à la fois

Écouter deux enfants sous émotion n’est pas toujours facile, parfois cela demande d’être ingénieux, et au début ils doivent apprendre qu’ils auront leur tour. Souvent, cela demande de séparer les enfants et d’écouter chacun séparément, avant de pouvoir mettre des mots sur le conflit ensemble. Souvent, cela demande d’apprendre d’abord à le faire avec un seul enfant. Il y a aussi des conflits où un seul enfant en a besoin, par exemple si un enfant vient se plaindre de son frère ou de sa soeur. Nous pouvons alors juste écouter son ressenti, ce qu’il se passe pour elle ou lui, mettre des mots sur ce qui est difficile.

Et que faire des mots durs envers l’autre enfant, des « c’est lui qui… »?

Cela demande aussi souvent d’apprendre à traduire les mots durs envers l’autre, en mots qui décrivent ses émotions : « tu es en colère, tu en as marre… ». Tu es en colère car tu as besoin qu’on respecte ton travail ». Car tout jugement et toute critique traduisent toujours une émotion et un besoin qui cherche à être satisfait, ne l’oublions pas. Interdire simplement la critique ne résoudra pas le problème de fond, nos enfants ont besoin d’apprendre à repérer leur vécu intérieur et à exprimer ce qu’ils ressentent pour formuler une demande. En reformulant ce qu’ils ressentent, en nous focalisant sur leur vécu intérieur et non sur les mots employés, nous leur apprenons à exprimer les choses autrement, à mettre les mots juste et ceux qui seront le plus efficaces, en parlant d’eux mêmes.

« C’est lui qui m’a fait mal« . « C’est elle qui a commencé à me prendre mon jouet« . « C’est pas moi, c’est lui« . Parfois leurs mots nous tendent des pièges, celui d’arbitrer. Pourtant, derrière les paroles, nous pouvons décoder à nouveau le ressenti, en se centrant sur l’enfant qui s’exprime et sans impliquer l’autre. « Tu as eu mal et tu es en colère« . « Tu trouves ça injuste, tu jouais tranquillement« . En effet, les enfants sous émotion font souvent une mauvaise interprétation des intentions d’autrui et restent bloqués dessus. En se centrant seulement sur eux, seulement, on évite cet écueil. En écoutant, avec de l’empathie, nous en apprenons souvent bien plus et nous allons au vrai problème. L’empathie, ce n’est pas confirmer que l’autre enfant est un méchant, c’est simplement confirmer que oui, ce n’est pas du tout agréable d’être poussé ou privé subitement de son jouet. L’un se sent entendu et comprend ce qu’il se passe en lui, et l’autre entend ce que cela fait à sa sœur ou son frère. Puis en mettant des mots sur ce que vit l’autre : « tu avais envie de ce jouet qui semble très intéressant dans les mains de ta sœur« . A petite doses d’écoute de chaque coté, chacun sort de l’émotionnel, et entend que l’autre vit des choses dans cette situation, aussi. Petit à petit, on développe sa capacité à identifier ses émotions et celles de l’autre, et à comprendre la source des conflits. C’est la base de l’intelligence émotionnelle et relationnelle.

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Est-ce que cela suffit ? Parfois, oui, les enfants se sentent entendus et passent directement à autre chose (et dans ce cas on se sent comme un magicien qui vient de réussir un miracle, youhou…!). Parfois, cela ne suffit pas en chaque enfant a besoin de faire une demande à l’autre, ou ils ont besoin de trouver une solution pour éviter que ça se reproduise. Comment les aider ensuite à trouver leurs propres solutions et leur apprendre à régler leurs conflits ? Nous reviendrons sur d’autres outils pour apaiser les conflits dans les épisodes 2, 3 et 4.

A tout bientôt ! 🙂

ps : ces outils sont… des outils. Aucun parent n’est toujours à l’écoute (nous ne sommes pas toujours disponibles) ou parvient toujours à régler les conflits de façon satisfaisante. C’est un outil possible pour aborder les conflits différemment. VOUS êtes les experts de vos enfants !

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Résoudre les conflits efficacement

Sous-estimons-nous la capacité des enfants à prendre en compte les désirs de leur entourage ?

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Ce matin, mon fils, 7 ans, se réveille en pleine forme et de bonne humeur. C’est samedi, toute une journée pour faire plein  de choses, librement!  Le voilà parti pour jouer, construire des choses, inventer des histoires.

Il y a un petit « mais« : nous avons prévu une sortie cet après midi, avec d’autres enfants et adultes, et un repas avec des amis le soir en dehors de la maison, avec nuit sur place. Aussi, je commence à lui en parler dès le déjeuner.

Et là… patatras ! Mon enthousiasme est très vite douché: « non, je ne veux pas y aller, moi je veux rester jouer ici!« . « C’est toujours toi qui décide,  j’en ai marre!« . Rien à faire… il ne veut rien entendre. Même à mes explications qu’il a le temps de jouer et que nous partirons un peu plus tard. « Je n’irai pas ! ». Il est très en colère, et il me le fait savoir. Je suis très tentée de lui dire : « C’est comme ça et puis c’est tout ! », non mais ! Intérieurement, je me dis qu’il est incapable de tenir compte de moi, que du coup c’est à moi de décider du programme ! Fort heureusement,  c’est le week end, je suis détendue et j’ai un peu de temps devant moi. Il est donc possible de prendre un peu de recul en déjeunant, et de réfléchir à ce qui bloque.

C’est vrai, pourquoi est ce qu’il refuse autant? À première vue, il subit déjà beaucoup de contraintes lors du temps scolaire, il a peu de temps pour faire ce qu’il veut avec les devoirs, le samedi est son premier jour de liberté. C’est aussi le jour où il revient chez moi pour la semaine. Bon. Je comprends bien qu’il soit important pour lui de rester et d’investir son petit nid, de prendre le temps, à son rythme.

D’un autre côté, je lui accorde souvent ce temps à la maison, mais aujourd’hui j’ai envie de voir les personnes qui me sont chères et de passer une bonne soirée. Je réalise que je n’ai pas très envie de passer ce temps à la maison pour cette raison que je tiens beaucoup à mes proches, que j’aime passer du temps avec eux et prendre soin de nos relations.

Mais, au détriment de celle avec mon fils ?

Je me sens un peu coincée, là. II y a conflit apparent entre ses besoins et les miens.

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Comment sortir de cette impasse?  Soit je tranche en ma faveur, soit en la sienne, dans les deux cas l’un de nous sera perdant… et notre relation le sera également car l’un des deux aura du ressentiment envers l’autre. Si je décide de sortir,  il m’en voudra,  la sortie risque de mal se passer, et surtout, plus gênant,  je lui envoie le message : je ne te fais pas confiance pour trouver une solution ensemble qui nous convienne à nous deux. Je le sais parfaitement, c’est une solution que j’adopte souvent dans la course au quotidien, qui ne fonctionne pas très bien, et qui a tendance à faire empirer les choses à long terme (d’ailleurs, il me l’a dit!). Bref, là, j’aimerais mettre autre chose en œuvre.

Je choisis donc un autre outil : la résolution de conflits.

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La résolution de conflits consiste à poser le conflit sur la table et s’écouter l’un l’autre, puis chercher des solutions créatives ensemble. Elle se fait en général en 5 étapes qui sont toutes nécessaires.

1. Décrire le conflit et prendre le temps de discuter au calme
Une fois qu’il s’est calmé, je lui propose donc de s’asseoir avec moi et je lui décris le problème. Je lui dis que j’aimerais que nous en discutions pour trouver une solution qui convienne à chacun de nous.

Parfois, mon fils ne veut pas (ce n’était pas le cas cette fois), dans ce cas soit l’on peut reporter, si ce n’est pas urgent, par exemple si les enfants sont en plein jeu. Soit il est nécessaire d’affirmer son besoin de trouver une solution : « Pour moi c’est très important que nous trouvions ensemble cette solution, car cette situation me met en colère et ne me convient pas du tout ». Il m’est aussi arrivé de dire face à un refus répété que s’il ne souhaitait pas en discuter, que je serais contrainte de prendre des décisions toute seule pour résoudre ce problème. Avec l’habitude cependant, les objections diminuent car les enfants voient l’intérêt du processus.

2. Écouter les sentiments de l’enfant.
Je commence par lui dire que je vois qu’il a beaucoup de plaisir à jouer librement,  sans être pressé par le temps. En faisant cela, j’essaie de me connecter à son plaisir d’être juste là au moment présent,  dans son jeu, dans son univers. C’est vrai que c’est vraiment agréable d’être pris dans une activité qu’on aime, sans interruption. Je conclus en lui disant que du coup, il n’a pas du tout envie de sortir ni de voir du monde, ce à quoi il acquiesce. Je continue à lui parler de ce qu’il vit et de son besoin d’être tranquillement chez lui sans être dérangé. L’ idée ici, c’est que l’enfant se sente vraiment compris dans ses besoins et ses sentiments.

Attention cette étape est indispensable – c’est même une des clés essentielles – et la pratique de l’écoute active des émotions et de l’empathie est nécessaire, faute de quoi les solutions proposées risquent de ne pas fonctionner.

3. Parler de ses sentiments et besoins à soi.
Là il s’agit de faire bref et de parler de soi (et d’éviter les « il faut », « pas le choix », etc, le « mais » également). « En même temps (car les deux sont présents), j’ai vraiment besoin de sortir de la maison de mon coté et de voir nos proches, c’est très important pour moi. ». N’ayons pas peur de nous affirmer, c’est important que nos enfants comprennent que nous avons des besoins également. Pas si simple, n’est-ce pas, de parler en « je » de ses émotions et besoins !

4. Lister toutes les solutions sans les évaluer
Biensûr,  il redit: « oui mais moi je ne veux pas partir ». Un peu moins fort qu’au début 🙂 Il s’est déjà apaisé parce qu’il s’est senti entendu. Je lui explique que nous allons lister sur une feuille toutes les solutions possibles sans choisir pour le moment.

Je prends une feuille blanche et j’écris donc : ne pas sortir et rester à la maison. Et je lui demande s’il a d’autres propositions. Puis je propose la mienne de départ : sortir cet après midi et ce soir, en dormant sur place. Il fait la moue, mais je lui rappelle qu’on écrit toutes les solutions. C’est le jeu. Puis j’en propose d’autres, et lui aussi. Jouer à la maison une heure puis sortir. Sortir cet après midi mais pas ce soir. Y aller ce soir mais rentrer après. Faire une autre sortie tous les deux seulement. Nous réfléchissons tous les deux et faisons travailler nos neurones. Régulièrement, je lui explique aussi les contraintes horaires qu’il ne maitrise pas bien (par exemple, si nous partons trop tard, nous ne pourrons pas aller dehors, il fera nuit).

Au final nous trouverons ensemble une quinzaine de solutions créatives !

5. Choisir les solutions acceptables pour les deux.

Je lui demande lesquelles sont inacceptables pour lui, et je les barre. J’en barre également de mon coté. Je relis la liste restante. Il y a plusieurs solutions possibles.

Et là…. et là…. il réfléchit quelques secondes et me dit : « Bon, si je peux jouer un petit moment maintenant, je veux bien qu’on y aille cet après midi et manger là bas ce soir avec tes amis. Par contre je voudrais rentrer dormir à la maison ».

#dansedelajoie !

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Hasard? Magie ? Outil très efficace ! Voilà, comment la résolution de conflits permet de résoudre ce type de problème : il s’est senti entendu et a été rassuré sur le fait que je tiens compte de ses besoins. Il a mieux appréhendé les contraintes temporelles en discutant du programme possible. Je suis prête aussi à lâcher le fait de dormir sur place parce que je me sens entendue aussi (et au final, après la soirée, et avec son accord nous sommes restés dormir car il a bien vu que nous étions trop fatigués pour le trajet, mais j’étais prête à rentrer pour respecter notre accord, s’il m’avait dit non). Bref, nous avons trouvé un vrai compromis où chacun s’est senti respecté et entendu. Et c’est loin d’être la seule fois que ma famille a expérimenté cela, avec satisfaction.

Ce que l’enfant apprend dans ce type de résolution :

  • que ses besoins ont de l’importance
  • que ceux de son entourage aussi
  • que nous ne sommes pas obligés de lutter l’un contre l’autre, mais nous pouvons œuvrer ensemble à résoudre les problèmes
  • que les conflits sont une source de meilleure connaissance de l’autre
  • qu’il peut être actif pour favoriser le bien être de tous
  • que les besoins ne sont pas forcément en compétition, mais qu’en mettant en commun notre créativité, nous pouvons satisfaire les besoins de tout le monde
  • qu’écouter les autres est primordial

Vous trouvez cela long? Essayez-le donc pour des conflits récurrents, cela fait gagner beaucoup de temps. Je viendrai peut être vous raconter ma dernière utilisation sur un conflit qui dure depuis des lustres.

Et si l’enfant ne respecte pas ses engagements? En général, il y a beaucoup plus de chance qu’un enfant respecte un accord quand il l’a trouvé avec ses parents et a été proactif dans la recherche de solution. Je l’ai moi même testé avec des ados de quartier difficile en collège. Mais ne me croyez pas sur parole ! Parfois, les enfants surestiment leurs capacités et s’engagent dans des choses trop difficiles pour eux. On peut leur rappeler le compromis trouvé, et si ça ne fonctionne pas, c’est qu’il est nécessaire de reprendre la résolution de conflit en tenant compte de ce qu’il se passe, en explorant leur ressenti et en essayant d’autres solutions plus abordables pour l’enfant.

Avez-vous déjà essayé ? N’hésitez pas à partager vos expériences en commentaires !

Pour aller plus loin

  • Une nouvelle autorité sans fessée ni punition, Catherine Dumonteil -Kremer
  • Poser des limites à son enfant et le respecter, Catherine Dumonteil -Kremer
  • Écouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants écoutent, Faber & Mazlish
  • Parents efficaces, Thomas Gordon
  • une-nouvelle-autorite-sans-punition-ni-feee

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Mon enfant ne mange pas….

Aujourd’hui je voudrais aborder un sujet très délicat : l’alimentation

Manger, c’est un geste banal, quotidien, à tel point que nous oublions presque à quel point c’est nécessaire pour bien fonctionner. Et pourtant, c’est quelquechose qui s’apprend très progressivement chez les enfants : d’abord le lait, puis quelques aliments, des textures nouvelles, avec les doigts, puis plus tard manger avec des couverts, découvrir plein de saveurs… pour se finir à l’adolescence et l’âge adulte (en général) avec le fait d’apprendre à cuisiner pour soi même et les autres.

Pourquoi mangeons nous tel ou tel aliment, et pas un autre, dans cet ordre là ?

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L’alimentation, question de culture et de mode

Dans notre pays, nous faisons trois repas, dont l’un vers midi et l’autre vers 19h le soir. Nous mangeons d’abord une entrée (salée) puis un plat avec féculents, légumes cuits et protéines en général, puis fromage, puis un dessert lacté ou de fruits.
Avez vous déjà voyagé? On mange bien différemment ailleurs. J’ai fait une drôle de tête le jour où on m’a servi un vrai repas à 17h30 en Suède. Et ne parlons pas des variations de petits déjeuners (salés à bien des endroits), d’aliments (criquet? vers de terre? 🙂 ), etc. Eh oui, l’alimentation, c’est super culturel. Au départ, on peut imaginer que cela venait des aliments qui poussaient sur place qui ont créé des variations dans l’alimentation humaine. Mais aujourd’hui, est-ce bien si relié au climat? Par ailleurs, je ne mange pas comme ma grand mère il y a cinquante ans : les recommandations nutritionnelles varient au cours des années, certains aliments deviennent des stars (l’huile d’olive par exemple, quasi inconnue dans ma région dans les années 50′), les menus subissent un vrai phénomène de mode (je suis fan des sushis par exemple, je n’en avais jamais mangé il y a 10 ans), et la disponibilité des aliments a beaucoup augmenté aussi: impossible de manger des fraise à Noël auparavant, et encore moins de hamburgers. L’alimentation, c’est donc surtout un phénomène culturel, soumis à la mode.

L’alimentation est un besoin physiologique

Pourtant, à la base, manger est avant tout un besoin physiologique. Mon corps a besoin d’énergie pour fonctionner, d’éléments de base (les acides aminés par exemple), de vitamines, de fibres….

Notre corps est une merveilleuse machine qui sait aller chercher les éléments nécessaires à sa construction. Il faut imagine qu’il y a 100 000 ans, votre médecin ne vous faisait pas de recommandation nutritionnelle. Les individus dont le corps trouvait un moyen pour indiquer ses besoins alimentaire survivaient donc mieux et l’évolution a donc sélectionné un système suffisamment efficace pour nous inciter à manger ce dont nous avons besoin.

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Oui, mais moi j’ai toujours envie de chocolat !

Ben oui, moi aussi 🙂 Alors peut être ai-je besoin de magnésium.. et peut être que non. Notre culture façonne tellement nos goûts, et nombre d’entre nous ont aussi appris à utiliser les aliments pour gérer leurs émotions (quand ce n’est pas parce que nous posons un interdit dessus tout simplement), que nous ne sommes plus tellement connectés à nos vrais besoins alimentaires en tant qu’adultes. Notre éducation nous a souvent désappris à écouter notre ventre : il fallait manger ce que les adultes avaient décidé (même si notre corps le rejetait), finir notre assiette même si nous n’avions plus faim… au risque de dérégler notre rapport à l’alimentation. Les spécialistes des problèmes alimentaires le savent aujourd’hui: forcer un enfant à manger est contre-productif.

Les enfants, eux, naissent avec un rapport aux aliments très lié à leurs besoins alimentaires : vous remarquerez que bien souvent, ils font des monodiètes d’un aliment, puis passent à un autre. Ils n’ont pas forcément de gouts fixes. Car cela dépend de leurs besoins, et ils vont naturellement vers les aliments les plus appropriés pour eux. Nous voudrions qu’ils mangent tant de légumes, de viande, de fruits, de yaourt, par jour…. mais leur appétit ne fonctionne pas comme cela.

Entre 4 et 7-8 ans, afin de les protéger, l’évolution les a doté d’un mécanisme puissant : la néophobie alimentaire. Ils n’ingèrent que ce qu’ils connaissent très bien, et refusent  la nouveauté. Afin d’éviter qu’ils aillent ingérer des baies ou aliments toxiques en vadrouillant seuls en dehors du regard de leurs parents, dans la nature. C’est ainsi que la plupart des enfants préfèrerons leurs pâtes et leur steak, à tout nouveau plat, aussi bon fut-il. Et qu’ils sont circonspects face à tout ce qui est vert :  cela évite qu’ils aillent grignoter des feuilles toxiques. Rassurons nous, il y a bien d’autres sources de bons nutriments que dans les épinards !

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Mon enfant ne mange pas !

Nous arrivons au coeur du sujet… Je vous entends me dire : oui mais mon enfant ne mange rien si je ne le pousse pas ! Ou bien, il ne mangerait que des gâteaux.

Oh que c’est dur de voir son enfant manger peu nos bons petits plats faits avec amour, ou refuser les aliment qu’on lui propose… On est déçu que nos plats ne plaisent pas…. Ça nous fait nous sentir mauvais parents, parfois. On se sent démuni, c’est angoissant de penser que notre enfant pourrait ne pas grandir correctement. C’est souvent source d’angoisses importantes, en particulier avec les tout petits. La peur nous pousse à les inciter à manger, en particulier les légumes et tout aliment que nous jugeons indispensable.

D’un autre coté,  que vit l’enfant dans cette situation, lorsqu’il est forcé ou poussé à manger ? Il reçoit le message implicite : tu n’es pas capable de t’alimenter par toi même, je ne peux pas te laisser la responsabilité de manger à ta guise. Il reçoit le message : ne te préoccupe pas de manger, puisque je le fais à  ta place. Il reçoit le message : ne fais pas confiance à tes sensations, je sais mieux ce qui est bon pour toi. Parfois, c’est sa façon d’exprimer que quelquechose ne va pas. Bienvenue dans la lutte de pouvoir. Celle où tout le monde est perdant.

D’après mon expérience d’accompagnante parentale, il y a une seule solution efficace dans ce cas là (en dehors de toute pathologie, à vérifier avec votre médecin): lâcher complètement prise et laisser l’enfant s’alimenter en fonction de ses besoins. Au début, il y a de fortes chances pour que rien ne change. Le temps que l’enfant vérifie que c’est bien lui désormais qui va être en charge de manger selon sa faim. Et éventuellement qu’il renoue avec ses sensations alimentaires.  Avec le temps, néanmoins, si on se préoccupe juste de fournir une alimentation de qualité et suffisamment diversifiée, sans regarder comment il y touche ni comment il finit, il y a fort à parier pour qu’il retrouve le gout de manger. Peut être pas tous les aliments que vous souhaiteriez qu’il mange, mais ceux dont il a besoin. Oui oui j’ai bien dit : sans prêter attention à ce qui est mangé, sans regarder son assiette une fois servie. Pas simple, n’est-ce pas?

Souvent, tout simplement, c’est juste nous qui surestimons les besoins alimentaires de nos enfants, qui dépendent plus de leur croissance que de leur âge ou de leur taille. Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous invite à consulter le livre Mon enfant de mange pas, de C. Gonzalez.

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Et si nous laissions nos enfants plus libres dans leur alimentation  ?

Pour les parents de tout-petits, une option intéressante est de laisser l’enfant s’alimenter lui même. Cela nous apprend en tant que parent à observer ses gouts, et à lui faire confiance.Cela porte un nom : la diversification menée par l’enfant (DME).

Quand on observe un enfant alimenté en DME, on se rend vite compte que l’ordre des aliments choisi n’est pas du tout le notre : il peut très bien manger du sucré en premier, puis du fromage, puis du poisson. L’ordre des aliments est purement culturel et n’est pas vraiment adapté: par exemple, manger des fruits en fin de repas produit de la fermentation dans le ventre, ce qui le fait gonfler ou peut donner des maux de ventre. Les nutritionnistes recommandent plutôt de les manger en début ou en dehors des repas… alors, pourquoi ne pas laisser nos enfants manger dans l’ordre qu’ils souhaitent ?

Vous vous dites peut être : si je fais cela, mon enfant mangera beaucoup de yaourt sucré et pas de légumes. C’est ce que je me disais aussi avant de l’expérimenter. Ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’à force de percevoir le dessert comme une récompense, mon enfant en avait très envie… comme tout ce qui est interdit ou limité en quantité. C’est ma propre attitude vis à vis des aliments sucrés qui en avait fait un objet de convoitise ! Quand cela n’existe plus, les enfants se limitent assez bien seuls vis à vis des sucreries. Et rappelons nous que notre rôle est aussi de leur présenter les aliments qui sont sains pour eux. Le sucre induit une certaine addiction chez certaines personnes, aussi il peut être simplement plus facile de supprimer les aliments trop sucrés de la table et des placards.

Vous vous dites peut être : il n’apprendra pas les codes sociaux. Il y a fort à parier que votre enfant mangera un jour à la cantine, ou avec d’autres personnes.Et comme les enfants apprennent beaucoup par imitation, l’ordre dans lequel vous mangez vous même finira par lui paraitre normal, ou il apprendra en observant les autres. Tous les enfants qui apprennent à manger avec les doigts, finissent tous par vouloir manger avec une fourchette… pour faire comme leurs parents.

De même, nos horaires de repas ne sont souvent pas adaptés aux tout petits : Dolto disait qu’un tout petit devrait manger toutes les deux heures… et je vous ai déjà parlé des conséquences sur leur comportement dans cet article.

Il joue avec la nourriture !

Parfois ce qui nous gêne, c’est que notre enfant fait tout autre chose que manger avec la nourriture. Quelle source d’exploration que la nourriture :  des textures, des couleurs, des odeurs, des gouts différents. Quel plaisir que de découvrir cela avec tous les sens, y compris les mains! Nos petits explorateurs ont besoin de pouvoir toucher la nourriture avant de la gouter, cela développe leur sens du toucher. C’est tout une expérience que de plonger les mains dans la purée, des sensations, du chaud, du froid…. avez vous déjà fait l’expérience de gouter un plat comme si vous ne l’aviez jamais mangé, en portant attention à tous vos sens ? En prenant un aliment d’abord dans les doigts avant de le porter à votre bouche, de le humer, de l’observer sous tous ses angles, des formes, sa texture, ses couleurs ?

Et si vous aussi vous jouiez un peu avec la nourriture, pour retrouver le plaisir des sensations que cela procure ?

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Et les limites dans tout ça ?

Votre enfant n’a pas besoin de limites. Ce dont il a besoin c’est d’apprendre que les autres ont des limites, et à les respecter. Les limites, ce sont les vôtres, ou celles de votre entourage. Par exemple, certains parents acceptent facilement que leur jeune enfant fasse tomber de la nourriture au sol en apprenant à manger, d’autres non car c’est trop contraignant. Il n’y a pas de bonne réponse. Il est important de respecter ses propres limites et de le faire savoir à son enfant, quand quelquechose est inacceptable pour nous. Ce dont ont besoin nos enfants, c’est que nous soyions clairs sur nos limites et que nous les fassions respecter, tout en étant à l’écoute de leurs besoins à eux.

La question que je me pose souvent est celle ci : quelle conséquence cela a-t-il sur moi, concrètement, et quel besoin cela m’empêche-t-il de satisfaire? Si la conséquence est inacceptable, alors il est important que je respecte mon besoin. Je me pose souvent la question : « Comment respecter mes limites ET satisfaire le besoin de mon enfant? ». Cela permet d’être créatif, et répondre au besoin de mon enfant d’une autre façon sera vraiment plus efficace. Par exemple, si mon enfant mange uniquement les tomates dans une salade composée… peut être cela me dérange-t-il parce qu’il ne laisse pas de tomates aux autres. Dans ce cas, je peux trouver une solution, peut être que la prochaine fois je donnerai les aliments non mélangés à mon enfant, afin qu’il puisse manger ce qui lui fait envie tout en préservant le mélange pour les invités. Ou peut être tout simplement que je lui dirai non, ou je le laisserai manger les tomates dans sa portion, mais sans manger les tomates des autres. Peut être que je peux aller chercher une tomate supplémentaire dans le frigo pour la lui donner.

Parfois, il n’y a pas de conséquence, et c’est juste « parce que c’est comme ça ». On mange le plat tel qu’il se présente, on ne trie pas. On ne gaspille pas. Une bonne façon de débusquer les règles qui n’ont pas forcément de sens, juste celui de ne pas remettre en cause notre propre éducation.

« Mange tes haricots !  » (spéciale dédicace à mon papa et ma môman 😉 )

😉 Bon appétit !

PS : et vous, quelles sont vos astuces ?

 

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Pourquoi les enfants font ils souvent des crises à 18h ?

Ce midi, je rentrais d’un atelier avec des professionnelles de crèches où nous avons parlé d’écoute des enfants et de leurs besoins… notamment le besoin de manger. En structure, le moment du repas est souvent un moment de plaisir, où les papilles entrent en actions, les enfants s’autonomisent, la couleur est au rendez-vous… les professionnelles innovent de plus en plus pour permettre aux enfants de s’alimenter en respectant leurs besoins. Nous avons abordé le fait que, bien souvent, les enfants connaissent plus de crises et de moments difficiles (conflits, disputes…) juste avant les repas…

Non ? Chez vous, non ? Ca ne se passe pas comme ça ? A 11h50, ou à 18h30 ? Des heures parfois difficiles, n’est-ce pas ?

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Eh bien mon petit garçon avait justement décidé de me mettre au banc d’essai juste en rentrant !

Pendant que je préparais à manger, il s’adonnait à son activité préférée : bricoler. Il adore ça, il construit souvent des choses en bois, il cloue, il visse… Il était en train d’imaginer transformer le petit charriot en bois que nous avons construit ensemble, afin de pouvoir l’utiliser pour transporter des choses plus grosses. Problème : nous n’avions pas les pièces de bois adaptées à la maison. Je le vois donc débarquer dans la cuisine, me demandant de scier une pièce dans toute sa longueur, chose impossible et dangereuse avec le matériel dont je dispose (seulement une scie pour tout dire ! Je suis une bricoleuse du dimanche !). Je refuse, par manque de temps et aussi parce que je sais que c’est voué à l’échec, en lui expliquant pourquoi. Première crise de larmes…. « Mais si ! Tu dois le faire ! ». J’écoute sa frustration, je mets des mots dessus … Nouveaux cris, pleurs… pendant un petit moment, il essaie de me forcer à faire ce que je n’ai pas du tout envie, il tempête. J’essaie de lui proposer d’autres solutions, comme aller acheter les pièces adaptées plus tard. Peine perdue ! Il commence à partir en vrille, il finit par jeter des choses dans la pièce par colère.

D’un seul coup, je prends un peu de recul… il est 12h20, il n’a pas encore mangé… et qu’est-ce que je disais déjà ce matin ?

Je l’ai donc vivement invité à venir manger illico presto (vive les carottes en bâtonnets et les morceaux de pommes), et …. En 3 minutes, le calme est revenu immédiatement, et j’ai retrouvé mon petit garçon dans son état normal, et le repas s’est passé dans une très bonne ambiance. Et surtout, il n’a plus parlé du tout de ce projet de bricolage après !

Que s’est-il passé ?

Le fait d’avoir faim a probablement mis son cerveau en état de stress, qui l’a rendu incapable de gérer une petite frustration. Et après, ça s’emballe et ça tourne dans le vide. Quand notre corps est en stress, nous affrontons beaucoup plus difficilement les petits stress de la vie quotidienne qu’en temps normal. Et comme le disait une participante ce matin… cela existe aussi chez les adultes ! Alors, chez un enfant, inutile d’attendre qu’il puisse se gérer tout seul en cas de faim intense.

Les besoins physiologiques, nous y faisons attention quand nos enfants sont petits…. Et après nous avons tendance à considérer qu’ils sont grands, et qu’ils peuvent bien attendre l’heure du repas. Ou de la récré. C’est vrai, c’est important de manger tous ensemble, c’est un moment agréable, de partage. Parfois, le repas se passe malgré tout mal parce que les enfants ont trop attendu, ils ont faim, ils dérapent, nous sommes énervés du coup (nous avons faim nous aussi !), cela génère des conflits…

Qui déteignent sur toute la famille.

On peut voir chaque personne comme possédant un réservoir affectif à l’intérieur d’elle même : satisfaire nos besoins remplit notre réservoir affectif, et nous permet de mieux gérer n’importe quelle frustration ou petit désagrément. Par contre, quand nos besoins ne sont pas satisfaits, notre réservoir se vide... et là, c’est beaucoup plus difficile d’encaisser la moindre chose désagréable. Et attention : on parle ici bien de besoins (et non de désirs), les besoins doivent être satisfaits pour que nous fonctionnions bien. Vouloir manger une barre de chocolat est une stratégie pour remplir un besoin, pas un besoin en soi. Il existe de nombreuses stratégies pour un même besoin.

Le plus simple est bien souvent de combler les besoins physiologiques des enfants au moment où ils se présentent. En matière d’alimentation, cela consiste à donner aux enfants à manger quand ils ont faim. Et cela ne veut pas dire forcément des gâteaux ou des barres chocolatées : des aliments sains font très bien l’affaire. Et pourquoi s’inquiéter s’ils mangent peu après au repas, s’ils ont déjà mangé un légume cru, un fruit, une compote sans sucre ajouté, des oléagineux …? Ils auront eu leur quota de vitamines, de nutriments.

À vous de donner les aliments qui vous semblent adaptés à leur santé, selon vos habitudes alimentaires. Par ailleurs, des enfants habitués à manger à leur faim et selon leurs sensations et envies alimentaires mangent la plupart du temps leur plat de viande ou de poisson, s’ils en ressentent le besoin physiologique, même s’ils ont déjà mangé un fruit. Parfois, c’est vrai, ils n’en mangeront pas, tout simplement parce qu’ils n’en ont pas besoin  aujourd’hui. Cela change de jour en jour, les enfants font souvent des monodiètes pendant quelques temps, puis changent. Le corps est une machine merveilleuse qui nous oriente naturellement vers les aliments dont il a besoin pour se construire. Nous pouvons faire confiance aux enfants, ils sentent très bien leurs besoins alimentaires. Lorsque ce n’est pas le cas c’est souvent qu’un conflit récurrent existe autour de l’alimentation.

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De nombreux parents mettent à disposition en permanence ou dans les moments critiques des morceaux de fruits, de crudités, des amandes, des noix, des noisettes (s’il n’y a pas de petits biensûr) en accès libre sur des tables basses par exemple. Les enfants viennent se servir quand ils en ressentent le besoin, ils apprennent ainsi à sentir et respecter leurs besoins alimentaires, qui ne sont finalement que des demandes du corps pour pouvoir bien se construire. Françoise Dolto disait qu’un petit enfant de 3 ans devrait manger toutes les 2 heures… quel décalage avec nos habitudes et notre culture alimentaires !

Vous allez m’accuser d’encourager le grignotage et l’obésité (si si, je vous vois venir). Et je vous répondrai que les spécialistes du surpoids alimentaire savent très bien que les personnes se suralimentent souvent car elles ne sentent plus très bien si elles ont faim ou juste envie de manger (pour d’autres raisons, émotionnelles bien souvent), et surtout elles ne savent plus sentir si elles sont à satiété. Tout l’enjeu est alors de renouer contact avec ses sensations corporelles autour de la faim. Chose que les enfants possèdent tout naturellement à leur arrivée sur Terre… ! Naturellement, les enfants s’arrêtent quand ils n’ont plus besoin de manger. À conditions que les aliments à disposition ne soient pas addictifs (chips, aliments fort sucrés ou riches en farine blanche, aliments contenant des additifs). Et qu’on les ait laissé s’arrêter de manger lorsqu’ils n’ont plus faim, même si leur biberon ou assiette n’est pas vide, afin qu’ils sachent reconnaître leurs sensations de satiété.

D’autres parents trouvent sinon avantage à avancer l’heure du repas (dans de nombreux autres pays, on mange le soir à 18h voire 17h30), et à passer par exemple le temps du bain / de devoirs après le repas, pour éviter que cela soit un moment tendu. Les enfants sont beaucoup plus disponibles pour les apprentissages, s’ils ont pu satisfaire leurs besoins au préalable : manger, boire, jouer, avoir du contact et de l’attention, pour n’en citer que quelques-uns.

Quand votre enfant semble partir en dérapage incontrôlé, en crise, la première question que vous pouvez vous poser est donc : ses besoins physiologiques sont-ils suffisamment satisfaits ? Comment puis-je l’aider à prendre soin de ses besoins ? A-t-il besoin de dormir, de boire, d’enlever un pull, de manger ?

Et vous, comment se passent les soirée et les repas chez vous ?

PS : les besoins physiologiques, c’est l’un des thèmes de l’atelier Vivre et Grandir Ensemble… si l’alimentation (ou le sommeil, ou la continence…) est quelquechose qui est compliqué chez vous, il peut être intéressant de le travaille en atelier.

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Prendre soin de soi en tant que parent … au secours, je ne m’en sors plus !

Parents à bout, enfants qui hurlent, maison en pagaille…

disputes freres soeursSouvent, conseil des copines : prends du temps pour toi, sors un peu, souffle !

Laissez moi vous dire que ces conseils partent toujours d’une bonne intention. Mais qu’ils peuvent être parfois assez mal reçus.

Ça m’arrive de me sentir à bout, dépassée, épuisée. Maman solo oblige… Et alors, déjà que je me sens incompétente sur le moment, si jamais quelqu’un arrive dans les parages pour me dire « moi je fais comme ci comme ça, tu devrais faire pareil », ou me donner des conseils « tu devrais sortir plus », je me sens encore plus nulle, incompétente, et j’ai surtout envie de lui mettre le feu à sa jupe . Oui ! 🙂 (même si c’est un mec!)

Parce que déjà je n’ai généralement pas l’énergie pour l’organiser. Et de plus, quand il y a vraiment un problème récurrent, c’est comme partir en vacances alors que sa boite est en train de couler… ça ne soulage pas vraiment. Et quand on revient, on reprend les mêmes problèmes.

De quoi avons nous besoin quand nous venons dire « au secours je ne m’en sors plus »?

{Petit aparté : déjà, arriver à le dire, c’est super dur, dans notre société où il faut être un parent parfait. Donc franchement, chapeau ! …}

Quand rien ne va plus, comme comme pour le masque à oxygène dans l’avion : la priorité c’est de remplir son propre réservoir affectif, en tant que parent. Parce que sans réservoir affectif plein, nous ne trouverons pas les solutions à long terme pour faire évoluer la situation, et nous ne pourrons pas aider nos enfants. Avec un réservoir affectif vide, notre cerveau fonctionne alors comme une voiture qui essaierait de rouler sans essence: nous tombons en panne. Nous fonctionnons avec certains carburants : il y a l’alimentation, biensûr, le sommeil, etc. Et nous avons aussi besoin d’un carburant tout spécial : nous sentir aimés et compris.

Remplir son réservoir affectif, c’est la copine ou le compagnon / la compagne qui vous écoute vous épancher, qui accepte vos larmes sans juger ni conseiller … c’est les amis ou la famille qui vous accueillent, trouvent du temps pour vous…  c’est les copinautes qui vous écoutent sur un forum, et reformulent ce que vous ressentez (oui oui ça existe) … ca peut aussi être la copine qui vous dit : tu sais, moi aussi, c’est trop dur pour moi. On se sent moins seul, et moins horrible, c’est déjà ça. C’est le groupe de parents dans lequel il y a de l’écoute…  c’est le thérapeute ou le coach parental qui vous accueille sans jugement, éventuellement, si besoin. C’est pouvoir être soi avec ses difficultés, et se sentir relié à quelqu’un. C’est mettre des mots sur ce qu’il se passe, sans jugement, sans conseil. 

Passque je sais pas vous, mais moi si je sors au milieu de gens joyeux alors que moi j’ai le coeur en berne, comment dire… en général j’ai envie de rentrer au bout de 2 secondes. Donc oui à la sortie, mais avec des copines qui vont prendre du temps POUR VOUS, pour vous ECOUTER. Au calme. Au hammam, dans un café ou un restaurant calme, à la piscine, dans la nature, chez des amis …

Il arrive que nous en venions à détester nos enfants. Oui. A avoir envie qu’ils disparaissent. Ou de les jeter par la fenêtre. Ne me regardez pas comme ça, que celui qui n’y a jamais pensé me jette la première pierre… petite pensée à Stéphanie Allenou qui a écrit un excellent livre à ce sujet, sur le burn-out maternel : « Mère épuisée… ». Si vous vous sentez dans cette situation, je vous invite à aller lire ce livre.

Alors biensûr, il y a plein de choses susceptibles de remplir notre réservoir affectif, en plus d’être écouté de façon empathique. Mais souvent, c’est LE besoin numéro 1.En prendre soin est un premier pas pour sortir du cercle vicieux de l’épuisement.

Remplir notre réservoir affectif dans la vie quotidienne

Pour le reste, une fois qu’on a trouvé de l’écoute, notre réservoir affectif dépend de nos besoins. C’est très personnel, et ce qui me régénère vous fatigue peut être… à vous de lister ce qui vous donne de l’énergie

Respirer. Aller faire un tour dehors. Téléphoner. Voir une amie. Aller dans la nature. Manger du chocolat. Faire un câlin. Prendre un bain. Écouter de la musique. Manger une madeleine. Caresser son chat. Aller sur facebook. Trouver refuge aux toilettes. Danser comme un fou. Chanter à tue tête. Sortir voir d’autres parents. Lire un livre.

Bref… tout ces petites choses qui peuvent nous mettre du baume au coeur, nous donner un peu de répit, nous permettent de nous retrouver et nous font un shoot d’ocytocine pour les heures à suivre. C’est évidemment plus facile si on arrive à trouver du relais pour avoir des moments de temps pour soi, si besoin.

Parfois, le plus dur c’est d’OSER demander.

N’est-ce pas ?

Le jeu, partenaire privilégié pour évacuer les tensions

On peut prendre soin de soi en dehors de ses enfants. C’est souvent nécessaire. Mais il est aussi intéressant de prendre soin de soi avec ses enfants. Parce que réparer la relation, cela aide à ce que cela se passe mieux.

Avec les enfants, jouer juste pour le plaisir peut être un excellent moyen de dénouer des tensions. N’avez vous jamais chaussé un nez de clown? Ca rend les choses beaucoup plus drôles ! Le plus dur, c’est nos propres barrières (peur du ridicule, pas le coeur à ça, jugements sur le jeu, etc). Rire ensemble est un excellent moyen de remplis son réservoir affectif.

Chez nous, on aime bien les jeux de rôle en cas de conflit : je prends le rôle du petit et je l’exagèèèèèère – j’air peeeeuuuuuuur, ne me fais pas de mal s’il te plait méchant monstre! –  devant mon garçon médusé qui souvent est mort de rire ! Ou prendre une voix spéciale pour demander quelquechose : demander de ramasser ses chaussette avec la voix de Winnie l’ourson, c’est plus sympa quand même ! Les jeux de chahut peuvent aussi être un excellent moyen, à condition d’être bien soi et de fixer des règles précises (voir le livre « jouons autrement » de Catherine Dumonteil-Kremer). Le karaté-chaussette, toutes les comptines avec massage, sont souvent un bon moment. En plus de procurer du contact et de l’attachement, ils permettent de rire.

Il y a biensûr aussi les activités avec un seul enfant, moment privilégié, en faisant quelquechose que nous aimons. Les lieux d’accueil parent-enfant, aussi.

Est-ce que ça résoud tous les problèmes?

Biensûr, non ! Mais cela permet au parent d’avoir plus de ressource pour aller chercher ses propres solutions. Combien de parents sont venus chercher du soutien et sont repartis avec des conseils – parfois venant de professionnels – qui les ont rassurés sur le moment, mais se sont avérés inapplicables dans leur foyer. Parce que poser des limites quand on est à bout relève plus du rodéo que de l’éducation.

Et cela n’empêche pas d’aller trouver de l’information sur la résolution des conflits, sur la communication avec les enfants, etc, quand on va mieux. Mais un parent qui arrive épuisé, n’a pas la disponibilité nécessaire ni pour recevoir un conseil, ni pour entendre des solutions qu’il n’arrivera pas à mettre en place. La priorité, c’est lui, ses émotions et son réservoir affectif. Le reste viendra tout seul après. On apprend bien mieux de son expérience quand on est disponible.

Par ailleurs, il arrive que l’épuisement résulte d’épreuves que nous traversons en dehors de la famille (deuil, séparation, perte d’emploi, conflit…), qui mettent tout le monde à cran… nous n’avons plus l’énergie pour nos enfants, et ceux ci ressentent notre indisponibilité, ce qui les met en insécurité et peut augmenter les comportements qui nous épuisent. Il arrive aussi que nous vivions quelquechose de difficile mais que nous ne le ressentions pas, et que nos enfant se mettent au service de nos besoins émotionnels. Mais ça, nous en reparlerons plus tard, même si prendre soin de remplir son réservoir affectif est tout aussi approprié !

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